Commémorations

Hommage à Samuel PATY

Mercredi 21 octobre à 12h30, une minute de silence a été observée sur le parvis de l'Hôtel de Ville, en hommage à Samuel PATY. 200 personnes s'y sont recueillies.

"A quoi pensais-tu, Samuel, cher collègue,  quand tu cheminais t'éloignant de ton collège ?
> Tu revivais certainement les moments vécus avec la classe, l'approche que tu avais retenu pour le sujet d’étude, les questions soulevées ; tu voyais déjà les possibles prolongements et tu te réjouissais de la lueur perçue dans  certains regards. Mais tu le sais, quelques élèves sont restés en retrait et il te faudrait mobiliser l'équipe, les personnels éducatifs et les parents. 

En retrait, ces élèves, ces enfants qui doutent d'eux mêmes, qui ne savent plus en qui avoir confiance ; tu veux les soustraire à l'ignorance, au poids d'une destinée sans rêve, d'un avenir fermé et obscur ; tu veux les soustraire à des diktats idéologiques, religieux, politiques, culturels ; des enfants qu il te faut protéger ; des enfants auxquels il te faut apprendre la Liberté.

Je sais tes combats, Samuel.

Je sais tes engagements.

Tu es, Samuel,  notre frère d'arme, une armée de soldats chargés de livres, de feuilles, de savoirs. 

Je suis une de tes sœurs d'arme, Samuel, et notre famille te pleure. 

La famille de l'école, la famille de l'école de la République, celle qui nous a tant donné, qui m’a tant donné et à laquelle j’ai voulu rendre un peu.

Tous ceux qui ont choisi de former des esprits, des jugements, dans le respect de chaque esprit, de chaque  jugement, tous ceux qui ont choisi d'élever la voix, d'écrire, de dessiner, d'agir pour  apprendre la liberté, pour préserver la liberté, la liberté de conscience, la liberté d'expression de ses convictions , de dire que la dignité, le respect, la justice, l'égalité, la solidarité sont les valeurs de notre République, les valeurs de la France, tous ceux-là partagent tes combats et tes engagements, notre combat, notre mission.

Quand tu cheminais Samuel, t'éloignant de ton collège, la capuche de ton sweat dissimulant presque tes yeux, tu ne pouvais taire tes appréhensions,  tes peurs. Des individus mus par l'obscurantisme, utilisant des réseaux devenus asociaux pour propager la haine, manipulant les esprits et les cœurs, porteurs de barbarie, sont là, à l’affût.

Des individus qui ont voulu en attaquant un professeur, attaquer l'école, lieu principal  de mise en œuvre du principe de laïcité, lieu principal de formation et de développement d'esprits éclairés, lieu où se construisent les références sociales et morales ; des individus qui détournent une religion pour en faire une arme de mort et soumettre la République, pour l’asservir à un islamisme qui n’a rien à voir avec la foi. On a déclassé ton métier comme nombre de ceux qui s’apparentent à une forme d’autorité. On a évoqué ces territoires appauvris, gangrenés par la déscolarisation, l’absence de formations, la délinquance quotidienne ainsi qu’on la dénomme, une parentalité étriquée ou qui se fourvoie sur ses repères. Des territoires qui voient la contestation entrer dans l’école sans que cette école ait les moyens de porter l’intelligence. Nous avons été faibles, lâches ; nos politiques l’ont été aussi.

L'arme qui a pénétré ton corps contribuera-t-elle à faire émerger une conscience collective : celle du refus de toute compromission sur nos valeurs républicaines ?

Tu étais seul sur ce chemin mais nous sommes aujourd’hui nombreux derrière toi, enseignants, jeunes, parents, citoyens, peuple de France.

Je suis enseignante ; après vingt années en lycée et à former mes pairs, j’ai moi aussi fait le choix de remplir, auprès des plus jeunes,  la mission de former, d’accompagner, de partager.

J'ai pleuré hier devant la barbarie de l'obscurantisme, j'ai pleuré l'oppression et la peur qui voudraient contraindre nos vies.

J'ai pleuré l'un des miens, l'un des nôtres.

C'était hier. 

La République trouvera pour la défendre, pour défendre ses enfants, pour défendre ses libertés, pour défendre les savoirs et les sciences, des femmes et des hommes de tous horizons, de toutes origines. C'est un combat pour notre culture, pour notre civilisation, et c'est ce socle qui doit nous unir. Tout le reste fait partie des choix intimes de chacun et doit rester dans la sphère privée. La République est une, une et indivisible. 

Samuel, tu fais partie de ces Résistants qui montrent le chemin, de ces Résistants qui tombent sur le chemin.

Je nous voudrais tellement plus forts, tellement plus unis, que tu ne deviennes pas un martyr de plus, pour rien.

Tu te souviens Samuel des paroles de ce chant ; et vous, ici réunis pour Samuel, vous vous en souvenez aussi.

« Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place...
Chantez, compagnons, dans la nuit, la liberté nous écoute. »

Il est tombé, nous sommes debout.

Et dans le nuit comme dans le jour, compagnons, la liberté guide nos pas".

Odette GARBRECHT